Atelier d’écriture de janvier

En janvier, nous avons travaillé sur le dialogue, et, bien sûr, notre attention s’est portée sur Charlie.

Voici quelques extraits.

Le dialogue : un texte de Monique

— Tu préfères laquelle ? demande Camille et sortant de la cabine d’essayage, une masse de vêtements sur le bras.

— Celle-ci, répond Yves, montrant le tas d’un geste vague tout en réprimant un bâillement.

— Tu n’as rien regardé, hein ?

Le ton est lourd de menaces.

— Si, si, bien sûr ma chérie. Mais tout est si joli sur toi…

— Allez, un petit effort : tu m’aimes mieux avec la petite robe décolletée dans le dos, ou celle qui tombe en grands plis jusqu’aux genoux ?

— Heu… commence Yves, en pensant à toute vitesse qu’il aurait vraiment dû regarder sa femme, ce devait être un joli spectacle… « Eh bien, j’hésite… » Il faut absolument que je réponde quelque chose, sinon c’est à coup sûr le masque pour la soirée « je crois que… le décolleté »

— Quel décolleté ? interrompt brusquement Camille, l’œil noir et le sourcil furieux.

— Eh bien la robe avec la grande encolure, la première, affirme Yves avec assurance.

Il reçoit aussitôt le tas de vêtement en plein visage.

— Cherche là donc, pauvre ami ! Ce sont des pantalons que j’ai essayés !

 

Croquis Zib

Croquis Zib

 

 

 

 

 

 

 

Après ce dialogue, Charlie : un texte de Pauline

 

Au début de la vie, il n’existait qu’un seul pays. Un pays uni et en paix. Nous l’appellerons « Le Beau Monde ».

Le peuple du Beau Monde était sain et bienfaisant. Le mauvais et la pollution n’existaient pas et chacun vivait l’esprit tranquille. Ce furent de belles années jusqu’au jour ou un homme déclara :

« Je crois en Dieu »

Il expliqua à ses contemporains qui était ce Dieu, dont il vantait l’existence. Chacun trouva l’idée extraordinaire et tous se mirent à croire… Mais un autre homme trouva un accommodement dans cette phrase et déclara à son tour :

« Je suis Dieu »

La moitié du pays se mit donc à vouer un culte à cet homme, mais l’autre partie n’en crut pas un mot. Une guerre éclata, divisant le pays en deux. Le Beau Monde fit donc place à un deuxième pays que l’on nommera « Prudence » et qui accueillit tout les gens qui ne crurent pas à la déclaration de l’homme. Seules quelques personnes restèrent convaincues que l’homme était bien Dieu et celui-ci en profita pour les contrôler. Il se fit appeler « Prophète » et persuada la population qu’il n’était pas Dieu, mais son porte-parole. Il renommera même son pays en « La Croyance ».

Le Beau Monde n’existait plus.

Tout aurait bien pu se passer si Prophète n’était pas jaloux. En effet, il fut tellement déçu par le peu de personnes que contenait son pays à la fin de la guerre, qu’il fit une annonce à sa populace :

« Dieu m’a parlé. Il veut que chaque personne vivant sur cette terre croie en Lui. Et toute personne ne croyant pas en moi ne croit pas en Dieu, car je suis son porte-parole. »

La Croyance construisit des armées entières chargées d’aller en Prudence pour demander qui ne croyait pas en Prophète. Les malheureux qui répondirent qu’ils ne croyaient qu’en Dieu se firent anéantir.

Un homme vivant en Prudence constata le massacre et voulu y mettre fin. Pour cela, il dirigea le pays et inventa une loi qui interdit à toute personne de dire ce qu’il pensait. Le nouveau chef créa une police qui devait tuer ou emprisonner tout individu prononçant un seul mot en public, pour protéger au maximum sa population. Les citoyens de Prudence, par peur de représailles, ne dirent plus rien et La Croyance arrêta ses massacres, préférant recruter les gens qui auront foi en Prophète.

Le premier homme ayant déclaré « je crois en Dieu » fut abattu par ce que sa remarque avait provoqué. Il décida donc de rassembler toutes les personnes qui ne voulaient pas se taire à tout jamais et les emmena dans son nouveau pays, « La Liberté ». Ce nouveau pays contient des gens qui croient en Dieu, mais pas en Prophète et qui ne veulent pas le cacher.

Bien des années plus tard, Prudence continuait à interdire l’expression et La Croyance continuait à recruter des « soldats ».  La Liberté, quant à elle, avait accueilli des citoyens des deux autres pays, leur offrant logis et victuailles. En effet, certaines personnes de Prudence voulaient se remettre à parler et ceux de La Croyance en avait assez de la guerre, ils firent donc le voyage jusqu’à La Liberté. Mais les citoyens de Prudence commencèrent à trop profiter de la gentillesse du chef du pays dès que celui-ci inventa de nouvelles lois sur les logements et la nourriture. Les citoyens de La Croyance continuèrent à recruter des gens chez La Liberté et celle-ci dû inventer des nouvelles règles contre les armes.

Le Beau Monde fut donc détruit pour devenir trois pays différents.

La Croyance, qui avait un tyran pour chef, mais que toute la population vénère et écoute.

Prudence, qui avait un chef devenu tyran malgré lui, car il extermine toute personne voulant s’exprimer.

Et La Liberté, qui avait des tas de lois et des tas de règles laissant croire à la population qu’ils étaient libres et égaux.

Dans ces trois pays, chacun avait une croyance différente en Dieu. Certains n’y croyaient même plus. Le seul point commun entre ces trois territoires est que la population de ces trois pays ne faisait qu’une, autrefois…

Mais un beau jour…

Un jeune garçon qui ne croyait pas en Dieu eut le malheur de naitre à La Croyance… Toute son enfance fut bercée par la divinité et le culte. Arrivé à l’âge d’être recruté dans l’armée, des soldats vinrent chez lui pour lui demander s’il croyait en Dieu et voulait se battre pour lui. Le jeune garçon leur répondit :

« Dieu n’existe pas »

Affolés par cette déclaration, tous les soldats présents à ce moment-là tentèrent de le tuer. Mais le petit était agile et rapide, il se faufila entre les jambes de ses agresseurs et s’échappa. Sa famille l’aida à fuir le pays. Le jeune homme se retrouva en Prudence, seul et abandonné par les siens.

Il ne vivra pas longtemps en Prudence, car, quand il raconta son histoire au chef de la nation, celui-ci lui répondit :

« En mon pays, tu n’as pas le droit de prononcer ces mots ! Ni aucun autre d’ailleurs ! Si tu en débites un seul… Je t’exécute. »

Le garçon fut terrifié par de tels propos et préféra partir. Il s’installa à La Liberté et ne raconta son histoire à personne, voulant d’abord savoir comment vivaient les gens de ce pays. Après quelques années, il décida qu’il resterait en La Liberté et relata son histoire à ses nouveaux amis. Il décrivit également les absurdités de La Liberté et ses différentes lois. Ses amis trouvèrent que son histoire pourrait faire une bonne blague. Il suffisait de caricaturer un peu les dirigeants et les populations…

Le jeune homme fut convaincu. Il fit donc le tour du pays pour raconter ses blagues.

Bien des années plus tard, le jeune garçon était devenu un homme connu dans le monde entier. En effet, certains des citoyens de La Croyance et Prudence qui étaient venus vivre à La Liberté étaient repartis chez eux pour raconter ce que le jeune homme faisait.

C’est ainsi que tout bascula.

Deux soldats de La Croyance furent envoyés pour exterminer celui qui insultait leur Dieu. Ils arrivèrent chez lui et le tuèrent sans aucune pitié…

La Liberté se révolta et traqua les deux hommes qui avaient assassiné la seule personne qui les faisait tant rire… Elle les retrouva et les fusilla sans aucune autre procédure.

Pour leur rendre hommage, les trois dirigeants des trois pays et leurs populations respectives se rassemblèrent. Ils marchèrent et pleurèrent au nom du disparu et crièrent que le massacre devait cesser.

Tout en haut, sur son nuage duveteux, le jeune garçon regarde le rassemblement. Un grand homme habillé tout en blanc vient s’assoir à côté de lui.

— Alors, tu existes ? questionna le jeune homme

— J’existe seulement si tu le veux, mon garçon – déclara Dieu de sa voix résonnante.  Que regardes-tu ?

— Le dirigeant du pays où je suis né et qui a voulu me tuer, le dirigeant du pays où j’ai voulu trouver refuge, mais qui a voulu m’interdire de parler et le pays où j’ai réussi à vivre, mais qui ne m’aimait pas beaucoup et me jugeait pour ce que je disais… Tout ce beau monde rassemblé en mon honneur, pleurant sur ma tombe…

— Et qu’en penses-tu, de tout cela ?

— Je pense qu’il y a un espoir…

— Ha ?

— Tout le monde a prouvé qu’il pouvait se rassembler pour une même cause… Il y a donc un espoir pour que le Beau Monde revienne.

Dieu regarda son nouvel arrivant et se gratta la barbe en souriant. Il tapota l’épaule du jeune homme :

— Nous verrons bien, Charlie, nous verrons bien…

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